Chronique cannoise #6 : Romance meurtrière, dictature et bilan

  • Pierig Leray
  • Ciné-Séries
  • Publié le 25 Mai 2022 à 10h25
© Indigo&fushia / Wikimedia Commons

Comme chaque année, votre fidèle serviteur Pierig Leray, as du ciné, se rend au Festival de Cannes pour nous en faire vivre une expérience quotidienne, fouiller les salles à la recherche du film qui marquera son année, la Croisette et les esprits de celleux qui font le cinéma d'aujourd'hui. Sixième et dernier épisode d'une aventure éreintante, mais toujours aussi magique.

La nuit fut courte, le réveil pique, on double la dose de café pour notre dernier jour de présence. Et l’on termine avec le film de Park Chan-Wook, Decision to Leave, l’auteur du culte Old Boy. On retrouve rapidement tous ses marqueurs de sa trilogie sur la vengeanc dans un double-meurtre au détour complexe, labyrinthique enquête qui volontairement nous laisser errer dans cette valse scénique merveilleuse où chaque plan est jubilatoire, la tension est constante sans force, ni sur-jeu, mais une capacité inouïe à interroger par le détail, et la mathématique de plan précis. Au-delà du versant policier, la romance entre le flic et meurtrière est là-aussi susurrer plutôt que crier et emporte le film dans une dimension encore supérieure. Absolument brillant en tout point, et un vrai retour en grâce de Chan-Wook.

Ultime projection avant le grand départ, Metronom de Alexandru Belc (Un certain regard). Un film à l’image de son sujet, lourd et plombant, dans un faux-rythme qui peine à passionner, Metronom aborde la jeunesse du temps de Caecascu dans la Roumanie dans années 70, une jeunesse bridée, éteinte par la dictature, et qui tente de s’en extirper par la musique d’une radio pirate. Les divagations amoureuses d’un jeune couple n’apportent que trop peu à l’intrigue, la lenteur l’emporte sur l’intérêt, la question philosophique de la trahison sous-exploitée, et l’on ressort donc de cette dernière séance cannoise déçu.

Il reste encore 8 films en sélections officielles non présentées, donc je ne m’aventurerai pas à une conclusion finale ce jour. Cependant, il est clair que les émotions étaient plus vives, les films plus amples lors de la première semaine de 2021. Il n’empêche que les deux premiers films de mon palmarès ci-dessous restent encore gravés fort dans ma mémoire, ils continuent de macérer et prennent toujours un peu plus d’ampleur. Et rien que pour ce genre de moment unique, Cannes restera toujours Cannes, source du cinéma le plus fort. Le palmarès lui officiel sera annoncé ce samedi, et l’on devrait s’orienter tout de même vers une Palme sociétale puissante, Lindon étant à la tête du jury. Allez, plus que 365 jours pour s’en remettre, et repartir, en mai prochain.

 
Mon palmarès

Palme d’or : RMN de C. Mungiu
Grand Prix : La femme de Tchaikovsky de K. Serebrennikov
Prix : Armageddon Time de J. Gray et EO de J. Skolimowski
Mise en scène : Park Chan-Wook
Actrice : Nadia Tereszkiewicz
Acteur : Tawfeek Barhom

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