Festival de Cannes : nos futurs coups de cœur de la sélection 2021

  • Pierig Leray
  • Ciné-Séries
  • Publié le 16 Juin 2021 à 14h45
Les embouteillages de pellicule à l'entrée du festival de Cannes devraient laisser place à plein de belles découvertes. © Annette de Leos Carax (2021) – CG Cinéma

Cannes est bel et bien de retour et, comme Thierry Frémaux l’a mentionné lors de la présentation de la sélection officielle, il représente la toute première manifestation internationale de grande envergure à être organisée en présentielle – de nombreux festivals antérieurs ayant été contraints à une forme virtuelle.

Et ce n’est pas loin de 80 rendez-vous qui devront s’entasser dans cette nouvelle promotion se voulant très internationale. Frémaux et Lescure ont même triché un peu cette année en nous rajoutant une autre sélection parallèle "Cannes Premières" afin de proposer de « nouvelles formes de cinéma », et surtout tenter de représenter 2 ans d’un cinéma à l’arrêt et embouteillé en file indienne. Alors qu’attendre de cette nouvelle volée ? L’excitation est certes intacte, mais l’idée du masque partout, du passeport vaccinal, des cocktails le cul vissé au siège et des fêtes clôturées avant minuit laissent tout de même malheureusement craindre à une édition sanitarisée, distante... probablement froide. Un comble pour une session extraordinairement décalé en juillet. Il n’empêche que la sélection est d’une richesse débordante, un plateau qui déborde à l’overdose de metteurs en scène inouïs : Farhadi, Moretti, Trier, Wes Anderson, Carax, Audiard, Verhoven. Comme de coutume, Le Bonbon sera présent sur la croisette. Et comme chaque année, un top 5 de nos plus grandes attentes et nos jeux pronostics.

 
1. Annette de Leos Carax

Pourquoi ? Car Leos Carax, lui qui a renversé la Croisette avec l’immense Motors en 2012, et qui rejoue avec Annette la valse amoureuse entrepris en 1999 avec Les amants du Pont-Neuf. Même l’affiche y dessine un clin d’œil. Cette fois-ci, ce sera Adam Driver et Marion Cotillard qui se déchireront autour de leur premier enfant, Annette, dans une comédie musicale composée par les Sparks. Emoustillé par une bande-annonce grandiloquente, l’attente est infernale et la sortie sera nationale le 6 juillet.

 
2. Le genou d’Ahed de Nadav Lapid

Pourquoi ? Profondément touché par Synonymes, le dernier long-métrage de Lapid, Ours d’or à Berlin en 2019, il représente un certain futur du cinéma, une mise en scène presque passéiste dans un discours moderne, pesant, qui décrypte avec une rare justesse la perte des repères d’un monde universalisé à l’extrême. On peut s'attendre à un très grand film, qui le portera définitivement vers des hauteurs méritées. Le genou d’Ahed parlera de lutte pour la liberté, de lutte contre la mort, dans son Israël natal.

 
3. Petrov’s Flu de Kirill Serebrennikov

Pourquoi ? Assigné à résidence puis condamné à de la prison avec sursis pour une prétendue histoire de détournement de fond vérolé d’une sombre affaire politique, le Kremlin voulant faire taire sa voix dissidente. Pourra-t-il d’ailleurs venir à Cannes présenter son nouveau film ? Rien est moins sûr. Leto, grand film oublié au palmarès 2019, nous avait conquis par le maestro de sa mise en scène dans une fresque noir et blanc sur le rock soviétique des années 80. Impossible de ne pas s’enflammer pour son nouveau film dont on ne sait pas grand chose, et qui devrait retourner Cannes, à la fois par la capacité géniale de Serebrennikov de peindre ses histoires et, on peut l’imaginer, par un fond puissant au vu du contexte dans lequel le film s’est monté.

 
4. France de Bruno Dumont

Pourquoi ? Chacun de ses films est un événement. Ma Loute avec un Lucchini épuisé de surjouer était formidable, son Jeanne de l’année dernière et les dernières images d’un Christophe aujourd’hui disparu qui resteront ancrées profondément dans la mémoire collective cinéphile... on ne peut que s’exciter face à son nouveau long métrage : un portrait d’une femme de télévision dans les méandres d’un système médiatique. Malgré un pitch un brin dégoulinant et une affiche immonde, Dumont ne déçoit jamais. Et si c’était son année ?

 
5. Benedetta de Paul Verhoeven

Pourquoi ? Car la bande-annonce nous a déjà retourné la tête, Verhoeven parodiant déjà une parodie de moines homosexuels dans Tonnerres sous les tropiques – improbable mise en abyme d’un film qui s’annonce tout autant déroutant. Une nonne à miracle s’encanaille avec une femme et blasphème son amour de Dieu dans les plaisirs interdits. Tiré d’une histoire vraie, on attend du réalisateur de Basic Instincts un grand film subversif, pourquoi pas malaisant, mais grandiloquent ; une sorte de blockbuster outrageant et vicieux. On adore forcément.

 
J’aurai pu citer Wes Anderson, mais il fait toujours les mêmes films depuis 20 ans, le nouveau film de Sean Penn, mais après la croûte cultissime de The Last Face, on ne veut plus rien en attendre. Audiard, pourquoi pas dans des élucubrations amoureuses parisiennes avec Olympiade, Sean Baker la touche Sundance embarrassante, Mia Hansen-Love la touche branchée sirupeuse, le taulier Farhadi qui repartira forcément avec un prix ou encore Joachim Trier, mais dont je n’ai jamais vu un bon film.

Rendez-vous donc dès le 8 juillet pour le suivre le festival de Cannes à travers des chroniques sur le site.

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