Everything Everywhere All at Once est ce que vous verrez de mieux au ciné cette année

Allociné

Un phénomène rare et précieux affiche depuis un peu plus d'une semaine son nom sur le fronton des salles de cinéma françaises, après avoir conquis l'Amérique. Il s'agit du film des Daniels Everything Everywhere All at Once, qu'on pourrait tenter de réduire à une orgie absolue de cinéma, mais qui est en fait bien plus que ça. Nous nous contenterons donc ici d'évoquer les émotions et la profonde admiration que son visionnage nous a inspirées, sans essayer de le définir pour autant, ce serait peine perdue.

Quand les premiers noms du générique final commencent à défiler sur l'écran noir, généralement je fous le camp. Pas cette fois, scotché que j'étais à mon siège, digérant avec difficulté mais émerveillement le flot d'informations, d'images et de son que je venais de prendre en plein visage pendant 2h20. Everything Everywhere All at Once démarre doucement, mais ça ne dure que 10 minutes, le temps pour Jamie Lee Curtis de nous régaler dans un rôle de banquière acariâtre bedonnante au pull moutarde. Une fois les présentations faites, le film passe presque instantanément en vitesse lumière, tel le Faucon Millenium quittant Tatooine sous le feu des TIE fighters. Dès lors, on comprend très vite le titre, qu'on pourrait traduire par "Tout, partout, tout le temps". 

On sent ici poindre l'idée, exploitée sans vergogne par Marvel notamment mais par d'autres également, du multivers. Il faut comprendre les auteurs : l'infinité d'arcs narratifs que permet de développer ce concept scientifique de plus en plus crédible représente une tentation à laquelle il doit être bien difficile de résister. Et après tout, pourquoi ne pas y céder ? Mais là où les Daniels – Daniel Scheinert et Daniel Kwan, les deux réalisateurs – se démarquent de leurs prédécesseurs, c'est en trouvant le moyen de rassembler cette multitude de narrations dans un seul et même personnage, en plus incarné par l'excellente Michelle Yeoh. On assiste alors médusé à un formidable déploiement d'univers originaux, dont chacun compte pourtant les mêmes éléments majeurs, le tout dans une même timeline. Du pur génie, rendu possible par une mise en scène qui ne laisse aucun répit au spectateur. 

Ce dernier se retrouve donc tour à tour devant des séquences de combat dignes des meilleurs films d'arts martiaux, mort de rire quand l'absurde l'emporte et que les knacks remplacent les doigts, ému aux larmes par la maestria avec laquelle les réalisateurs traitent du rapport mère/fille ou de la famille plus généralement, et enfin positivement interloqué par la discussion métaphysique entre deux rochers posés au bord du Grand Canyon, et qui tentent de trouver un sens à la vie. Le mélange des genres cinématographiques fonctionne ici à pleins tubes, jusque dans les nombreuses références et clins d'œil opérés avec ingéniosité par les Daniels. Ça aurait pu être un bordel sans nom, mais tout est si bien foutu qu'on se retrouverait plutôt devant l'un des films de l'année. 

D'une audace folle et mis en scène avec un mélange de maîtrise et d'inventivité à faire pâlir même Robert Zemeckis (et pourquoi pas ?), Everything Everywhere All at Once est un film unique, fascinant, incroyablement fun et hyper émouvant. Un film total donc, comme son nom l'indique, et peut-être ce que vous verrez de mieux au cinéma cette année. Quand un métrage réunit tant de qualités – et j'ai à peine mentionné le cast, absolument génial – et de talent, on ne boude pas son plaisir, et on se précipite vers le cinéma le plus proche. C'est en tout cas ce que ferait votre moi cinéphile. 


Everything Everywhere All at Once
Un film des Daniels avec Michelle Yeoh, Ke Huy Quan et Jamie Lee Curtis
Depuis le 31 août en salles

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