Straight Up, une comédie brillante sur l'identité sexuelle à destination des générations X et Y

Quelques minutes seulement après avoir commencé Straight Up, je disais déjà à mon voisin d'open space que c'était génial. Pendant les 90 minutes qui ont suivi, il m'aura entendu m'esclaffer à plusieurs reprises, lui expliquer qu'il était question des nouvelles formes de relations amoureuses, qu'il fallait absolument qu'il voit ce film, que l'ensemble est absolument brillant, qu'en plus... attends je vérifie un truc... oui, c'est un premier film.  

Il fallait donc absolument que je rencontre l'auteur, ce qui fut chose faite une semaine plus tard. Le texte qui suit va donc tenter de rendre compte de notre entretien, tout en proposant une critique du film. Straight Up, c'est l'histoire de Todd, la vingtaine, gay, qui parce qu'il craint plus que tout de mourir seul, va suivre les conseils de sa psy qui lui suggère d'explorer le côté hétéro de sa sexualité. Quand il rencontre Rory, jeune comédienne brillante mais un brin inadaptée au milieu superficiel du cinéma, sa vie semble prendre un sens, et sa peur initiale se transforme en espoir. 

Todd ressemble énormément à James Sweeney, le scénariste, réalisateur, acteur et producteur du film. Oui, il a plus ou moins tout fait tout seul. « C'est une histoire que je contenais en moi depuis un moment. J'ai toujours eu l'intention d'en faire mon premier film, mais ça a pris un certain temps. […] L'initiative a émergé d'une certaine solitude et de l'envie d'explorer une relation entre deux personnes sans intimité physique, dans le cadre d'une rom com et en essayant d'en subvertir les attentes », explique-t-il avec calme, dans un anglais aussi clair que son débit est rapide. 

Car la grande spécificité de cette romance, et ce qui rend le film si passionnant, c'est la nature de la relation qui unit Rory et Todd. On a ainsi devant les yeux deux êtres d'une grande intelligence, qui se respectent, s'admirent, se font rire et se complètent même d'un point de vue psychologique, mais ne couchent pas ensemble. « Sapiosexuels ? », ai-je demandé avec ce besoin très français de mettre un nom sur les comportements. Mais James en a une autre vision : « Ce mot a une connotation négative pour moi. Si je le vois en description sur un profil d'une appli de dating, je me dis tout de suite "pour qui il/elle se prend ?". Mais de toute façon, je n'ai jamais voulu mettre d'étiquette sur mes personnages, parce que ce n'est pas du tout le but du film. Au contraire, je pense que les étiquettes sont justement ce que Todd cherche à éviter, et j'ai tenté de trouver une certaine fluidité, de la flexibilité dans son personnage pour que le spectateur puisse se faire son opinion après le film. C'est cet espace-là que j'ai voulu explorer ».

Mais Straight Up n'est pas qu'une réflexion passionnante sur les questions d'identité sexuelle qui taraudent les générations Y et Z, c'est aussi, et peut-être avant tout, une comédie loufoque à l'humour très cérébral, quelque chose qu'on pourrait situer entre Gilmore Girls et les films de Noah Baumbach et de Greta Gerwig, eux-mêmes inspirés par l'immense Manhattan de Woody Allen. D'ailleurs James ne renie pas l'ascendance : « Oui, c'est clairement un hommage, ou du moins une inspiration. J'ai essayé de faire une comédie loufoque moderne. Et je comprends que les dialogues et le rythme puissent paraître peu naturels pour un public contemporain, mais c'est un élément principal de la comédie loufoque, et je suis juste fan du genre, j'aime le badinage », confesse-t-il les yeux brillants, avant de conclure : « mais si vous tenez à me comparer à n'importe lequel de ces grands personnages, j'en serai flatté ».

Il faut enfin dire un mot sur la mise en scène, très particulière, qu'on pourrait presque résumer à une succession de plans fixes des personnages face caméra doublée de champs/contre-champs, créant une ambiance de documentaire intimiste tout à fait propice au propos du film. « Parfois, vous mettez en scène deux acteurs, et vous ne pouvez pas vraiment couper… comme si vous regardiez du ping-pong verbal, vous ne voulez pas louper le match. J'ai donc essayé de garder des longues prises, je pense que ça s'accorde très bien avec la comédie, avec son timing. […] J'aime créer une grammaire visuelle qui soit motivée par les personnages et par l'histoire, ça m'aide aussi à codifier la façon dont je veux les filmer », explique-t-il dans ce langage très personnel mêlé d'enthousiasme et de douceur. 

Avec cette comédie loufoque moderne à tous points de vue brillante, James Sweeney met donc le pied dans la porte du cinéma d'auteur américain. Il ne fait aucun doute que l'humour et la grande sensibilité qu'il a su communiquer à ses personnages le mèneront loin sur la route du succès, et c'est tout le mal qu'on lui souhaite. En attendant de découvrir ses prochains projets, je vais personnellement continuer mon entreprise de propagande et dire à tout le monde d'aller voir Straight Up, et vous demander d'en faire de même. 


Straight Up
, de et avec James Sweeney
Sortie le 26 octobre 

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