Y’a quoi au ciné ? 3 films à voir ou à fuir

  • Pierig Leray
  • Ciné-Séries
  • Publié le 5 Octobre 2022 à 12h37
©Allociné

Il semblerait que le d'octobre se rapporte toujours un peu à la tristesse. Va savoir pourquoi, peut-être la nature qui meurt, l'automne, tout ça… Toujours est-il que cet état d'esprit se retrouve également sur les écrans, la preuve avec les trois films qu'on vous chronique ce mois-ci.


Si tu veux te complaire dans une vomitive mascarade : Sans filtre

Palme d’or de la honte, Östlund décroche piteusement sa deuxième timbale avec cette grotesque comédie étalant sur deux heures trente interminables un propos compris en cinq minutes. Comme un bon petit élève à la mèche plaquée, il détourne une réunion de bourgeois tous plus dégueulasses les uns que les autres (marchant d’armes, influenceuse teubée, marchand d’engrais) sur une croisière luxueuse en un bain de vomi et de chiasse, grand guignol qu’il est, humiliant ses personnages dans une morale bien douteuse. Östlund prétend moquer la débilité capitaliste et ses outrances, alors qu’il les filme avec une telle complaisance que son regard condescendant et prétentieux heurte, puis dégoûte. Tout est si attendu, jusqu’à cet échouage sur une île déserte où, quelle surprise, la dame pipi devient commandante et le mannequin gigolo pour une boite de Bretzels. Sans parler du propos débile sur l’inversement des rôles homme/femme dans la société. Grossier et film de petit malin sans âme ni directive de cinéaste, Sans filtre est un amer naufrage.

Pourquoi il faut y aller : Pour voir l’une des pires Palmes d’or des 10 dernières années
Mais d’un autre côté… Plus besoin de vous faire un dessin…

Sans filtre, de Ruben Östlund
Sortie le 29 septembre


Si tu veux chialer avec distance et intelligence : Un beau matin

C’est une croisée de destinées, d’un côté un père qui s’effondre, la vue le quittant en raison d'une maladie neurodégénérative, de l’autre sa fille qui tente de se reconstruire après la mort de son mari et l’annonce de l’incurabilité de la maladie d’un père qu’elle iconisait, lui le penseur professeur de philosophie, elle la traductrice littéraire. L’arrivée de Poupaud et cette romance infidèle est finalement la lecture la plus hésitante de cette merveille, balbutiant quelques scènes romantiques dans du sous-Desplechin pas des plus inspirés. La force substantielle d’Un beau matin se mesure bien à travers le regard complexe de Pascal Greggory, riche et désincarné, perdu et lumineux, attentif et absent, qui à travers une vitalité qui le quitte, ouvre enfin un espace de bonheur et d’épanouissement à sa fille, ne supportant désormais plus de voir le regarder s’atrophier. La construction progressive de Hansen-Løve est brillante, sa caméra prend son temps, et à force de voir Sandra s’éveiller, Georg s’endort dans une dernière demi-heure bouleversante.

Pourquoi il faut y aller : Pascal Greggory (le père) et sa performance époustouflante
Mais d’un autre côté… Le classicisme de cet amour sur-écrit, et le jeu maladroit de l’amant et de sa maîtresse qui peut décontenancer

Un beau matin, de Mia Hansen-Løve
Sortie le 5 octobre


Si tu veux relativiser tes galères de la semaine (le prix indécent de tes nouvelles Veja, et ta collège qui te spoile House of Dragons) : Butterfly Vision

Libérée après 2 mois de captivité dans le Donbass par les forces pro-russes, Lilia est de retour en Ukraine. Par le plan sur des cicatrices dorsales et la fugacité d’images de torture, l’on comprend rapidement le drame traumatique enduré. Elle est absente, ne peut plus être touchée ni dormir sans revoir des images numériques de drone (elle était spécialiste en reconnaissance aérienne) distordant sa nouvelle réalité, celle d’un impérissable cauchemar passé. Puis son ventre se distant, et c’est une grossesse qui débarque, impliquant des bouleversements conséquents. Malgré un rythme malmené par un montage saccadé et aux ellipses parfois déroutantes, Nakonechnyi instaure, dans un scénario qui ne semble pourtant pas en offrir, de la nuance, sans parti-pris nationaliste idiot ni sur-esthétisation de violence, avec cette idée que le mal est partout. Y compris de son bord, et notamment par cette séquence primordiale montrant un groupuscule fasciste ukrainien détruire un camp de Roms. Tout y est poisseux, l’image glaciale, la guerre ayant dépouillé toute humanité, y compris dans les repas de famille. Jusqu’à ce que l’espoir renaisse, et que le vrai combat de Lilia, celui de la reconstruction et non de la soumission, s’enclenche, maigre lueur dans une obscurité profonde.

Pourquoi il faut y aller : La beauté du combat de cette femme et la nuance du propos qui épaissit la réflexion
Mais d’un autre côté… Plombant, et manquant de rythme en raison d'un montage balbutiant

Butterfly Vision, de Maksym Nakonechnyi
Sortie le 12 octobre

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