Y’a quoi au ciné ? La sélection du Bonbon Nuit – Des larmes de décembre

  • Pierig Leray
  • Ciné-Séries
  • Publié le 30 Novembre 2022 à 17h36
©Allociné

On est dans le dur. Il fait moche, nuit à 16h, les terrasses sont impraticables et le nez ne cesse de goutter, la gorge gratouille… Foutu pour foutu, on s’effondre lamentablement dans du tire-larme bien isolé au ciné. Et en ce début décembre, c’est avec le trajet d’un ado en plein deuil, le combat d’une femme pour son droit à l’avortement, et la libération des corps en Tunisie que l’on accepte avec plaisir de chialer en toute tranquillité.


Si tu veux te souvenir de tes premiers pas de Parisien pré-pubère : LE LYCÉEN

Dans un esthétisme caméscope au pastel très eighties, Honoré filme le deuil de son père à travers le jeune Lucas qui nous raconte le sien face caméra. Nous suivons ses pérégrinations post-adolescentes, de l’absence (il ne se rend pas aux obsèques de son père) à la révolte (contre son frère), de l’affranchissement des règles et d’une vie qui se libère (pseudo sensation libertaire) à une profonde solitude destructrice de futur, puis un premier amour hyper-sensible qui brise mais se reconstruit dans un final absolument déchirant où le puzzle familial trouve enfin la voix de la rédemption par le pardon et la confiance. Une merveille sensitive, bijou de tendresse violente, équilibre étroit et gracieux entre la naïveté et la maturité (« Je suis plus vieux que toi » dit Lucas 17 ans à son amour impossible de 29), Honoré transgresse l’image plombante du deuil en un parcours initiatique qui bâtit l’avenir par l’amour de ceux qui restent. Somptueuse réussite.

Pourquoi il faut y aller : Pour l’esthétisme intime de Honoré, et son sublime regard sur le deuil et sa reconstruction progressive
Mais d’un autre côté… Des tics de film français qui peuvent agacer, et cette fameuse vision Province-Paris abrutissante

Le Lycéen, de C. Honoré
Sortie le 30 novembre 


Si tu veux te rappeler en ses temps obscures que l’avortement est bien un droit fondamental (et constitutionnel) : ANNIE COLÈRE

Annie, mère ouvrière de 2 enfants, décide d’avorter, un temps où il est encore illégal de le pratiquer. Elle rejoint le MLAC (Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception), décision fondatrice d’un basculement de paradigme. L’écriture vivifiante de mesure d'Axelle Ropert et la caméra à juste distance de Lenoir engagent une première heure magistralement menée, de la dureté physique de l’avortement aux larmes de sa libération. Il y a de la tendresse sans mièvrerie, de la politique sans grandiloquence, une révolution susurrée par le mot, mais fondatrice par l’acte. La deuxième heure s’embourbe dans sa longueur, mais au-delà de la bienveillance humaniste touchante d'Annie, on retient son ultime discours : bien que la loi Veil soit actée, évolution plus que révolution, la déshumanisation médicale va prospérer (la solitude du traitement médicamenteux de l’IVG), et cette victoire illusoire ne doit jamais cacher les combats futurs des femmes pour leur droit fondamental.

Pourquoi il faut y aller : Attention à ne pas se lasser, mais pour le moment, Laure Calamy surnage et transporte à chacune de ses apparitions
Mais d’un autre côté… La deuxième heure patauge dans des longueurs et répétitions

Annie Colère, de B. Lenoir
Sortie le 30 novembre


Si tu veux un vent de fraîcheur de Tunisie où, enfin, les visages se découvrent : SOUS LES FIGUES

Dans le Nord-Ouest de la Tunisie, 3 générations se retrouvent sous des figuiers le temps d’un été. Des lycéennes solaires, qui s’invectivent et se taquinent d’un amour de jeunesse qui ressurgit, de premiers émois amoureux qui emportent la raison, elles chantent et dansent en s’opposant à la soumission des hommes. Des hommes représentés par des trentenaires qui volent et trompent, ridicules petits êtres en quête d’hédonisme béat et de virilité absconse. Face à eux, le troisième âge, vieillissantes personnes mutiques aux pieds qui brûlent, las et sans espoir de changement, la tête qui restera baissée jusqu’à leur fin. Les visages sont beaux, les regards perçants, une langueur virevoltante de désir et d’histoires, dans un jardin d’Eden où la figue défendue est bien celle qui se mange goulûment, aux yeux et à la barbe du "chef" misogyne. Un film qui semble hors du temps, beauté de passage, mais qui pose avec brio les grandes interrogations de la Tunisie d’aujourd’hui.

Pourquoi il faut y aller : Les discussions sous les arbres d’apparence superflues sont en fait le reflet des réflexions profondes actuelles du Maghreb et sa guerre générationnelle silencieuse
Mais d’un autre côté… Un huis clos d’extérieur qui peut sembler trop minimal

Sous les figues, de E. Sehiri 
Sortie le 7 décembre

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