Visuel À l’intérieur du dernier cinéma X de la capitale

À l'intérieur du dernier cinéma X de la capitale

Visuel À l’intérieur du dernier cinéma X de la capitale
  • Florin
  • publié le 31 juillet 2019

Marre des food trucks branchouilles, des roof tops à la con et des friches faussement alternatives ? Kitsche, ringarde, sale, notre rubrique le Mauvais Mauvais ? explore les zones interlopes et fiste les critères du bon goût standardisé.

Calé entre un Mc Do et le Bouillon Pigalle, le cinéma l’Atlas est d’après les réseaux sociaux l’un des lieux les plus mongoloïdes de la capitale. Allons de ce pas vérifier son fort potentiel feel-good.

Un commentaire engageant

ACCUEIL : Franc et direct. Le gros black dans sa cabine d’accueil ne fait pas dans la dentelle. Après tout, t’es sensé être là pour te mettre une sègue, pas pour disserter sur la situation géopolitique de la Corée du Nord ou commenter le dernier défilé Chanel. C’est rustre, certes, mais honnête, parce qu’à cause de la chaleur, la caboche grosse comme une pastèque, j’allais rentrer sans récupérer la monnaie sur mon billet de 20. « Hey Monsieur, vos 10 balles ! ». Ah ouais, mes 10 boules. Si t’es perspicace, tu déduiras donc que l’entrée pour ce petit paradis coûte 10 euros. Un bon rapport horaire, parce qu’à ce tarot, tu peux rester te palucher (entre autres) toute la journée.

DÉCO : On sent une volonté farouche des personnes en charge de la déco de vouloir faire rester « le lieu dans son jus ». C’est une bonne idée, et un beau contre-pied fait aux diktats du design minimaliste. Sur la devanture, les néons « ATLAS CINÉ X » annoncent la couleur. Au dessus des néons, une peinture d’une nana en porte-jarretelles, avec les miches à l’air. Presque du Botticelli. Mention spéciale pour les petites étoiles scintillantes au plafond du tunnel qui mène à la salle de cinéma, histoire de bien te faire comprendre que tu te rends au 7e ciel. À l’intérieur, c’est une salle de cinéma tout ce qu’il y a de normal. Au premier abord.

HYGIÈNE : Ouais, au premier abord. Parce que quand je te dis que le service déco a décidé de laisser le bordel dans son jus, c’est pas qu’une métaphore. En gros, les poignets de la porte pour aller dans le cinéma collent. Les rambardes collent. Les strapontins en skaï collent. J’en décolle un pour m’asseoir dessus, en faisant bien gaffe dans la pénombre de ne pas poser mon cul sur une capote usagée. Et puis, je ne sais pas si t’as déjà reniflé l’odeur d’un vieux slip qui pue la teub, ben là, tu prends la même odeur et tu la multiplies par 100. Urine, fromage de bite, sueur, foutre : c’est un bouquet subtil et musqué qui embaume la salle obscure. Inutile de te dire qu’ici, si t’es hypocondriaque, tu vas prendre cher, parce que j’imagine bien le truc en zoo (climatisé) pour M.S.T. Y’a les toilettes aussi, mais ça, je t’en parlerai plus tard. Je garde le meilleur pour la suite.

L’obscurité d’une salle obscure

CLIENTÈLE : Je ne suis pas seul. On doit être une bonne dizaine. Dans l’obscurité, je peux voir deux petits papys assis, 3 mecs au look de videur de discothèque, quelques cailleras… Et 3 trav’ aussi, bien stoc-mas et bien gras, la perruque bancale et la jupe rentrée dans le cul. On est bien, là, dans notre vieux rafiot qui sent la bite.

Dans la pénombre, ça se tire le jonc

POINT CULTUREL : Je ne suis pas un habitué des cinémathèques mais je suis certain d’un truc : à l’écran, c’est du bon gros film de boules qui passe. D’après mes connaissances pornographiques, je dirais même du bon gros film de boules des années 80. Scènes explicites, couilles qui claquent au cul, acteur moustachu, teuch en mode Sonic le Hérisson. Rien à dire, on en a pour son billet.

Dis, tu veux voir ma bite ?
Ouais…

AMBIANCE : Au top. C’est clairement le point fort de l’Atlas. Dans la salle, à part les cris de jouissance de la meuf à l’écran, il règne un silence de mort. Enfin, un silence de mort… Si on prête bien l’oreille, on entend distinctement les bruits des ceintures de mecs en train de se branler. Les strapontins couinent sec, putain. Et puis il y a des longs râles à droite à gauche, ça se dégorge méthodiquement la prostate. Moi, je laisse ma nouille au frais. Je décide d’aller faire un tour aux chiottes, parce qu’à défaut de me dégorger le poireau, faut que j’aille faire pleurer Excalibur. Je descends à l’étage du dessous. Je m’enfonce dans le noir. J’arrive aux WC, je m’attends à une war zone du feu de dieu. Elles sont aussi dans leur jus, mais ça reste du jus acceptable, pas du jus concentré. Je pisse un coup, et puis la porte des chiottes s’ouvre. Y’a un trav le cul à l’air qui suce un type. La porte se referme. Ils continuent leur affaire, je décide de me barrer. Je passe à côté d’une backroom qui me semble bien fournie. Pas trop le goût d’y jeter un œil, il est temps pour moi de sortir prendre l’air.

Un peu déçu par la propreté des pissotières
Derrière cette jolie porte, le grand rituel de la vie s’effectue

VERDICT : Indéniablement, l’Atlas est un lieu de qualité, un fossile d’une ère pigallienne oubliée. Notre conseil lifestyle : pour un premier rendez-vous, au lieu d’un resto merdique et branché, invitez-y votre « date » pour lui en mettre plein les yeux. Ce lieu bourré d’émotions et de bienveillance restera pour longtemps gravé dans vos cœurs, c’est certain.

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