Visuel A-t-on besoin de se droguer pour écouter de la musique électronique ?

A-t-on besoin de se droguer pour écouter de la musique électronique ?

Visuel A-t-on besoin de se droguer pour écouter de la musique électronique ?

C’est une question qu’on se pose souvent. Les plus vieux ne comprennent pas pourquoi on écoute « cette musique de dégénérés », les plus prétentieux non plus. Considérée comme du bruit que l’on entend que dans les caves, les clubs miteux et les repaires de toxicos, la musique électronique souffre des préjugés de ceux qui ne la comprennent pas. Faudrait-il alors qu’ils se droguent ?

Parce qu’au fond, il serait judicieux d’avouer qu’on y est un peu tous arrivés par cette porte. La musique électronique, à la fois complexe et répétitive dans le rythme, n’est pas accessible à tous, non par élitisme mais surtout parce que c’est une musique difficilement entendue avant d’avoir 18 ans, car principalement concentrée dans les clubs et festivals interdits aux mineurs.


Un passé tumultueux

Du côté de Détroit aux États-Unis, un trio d’Afro-Américains bidouille sur les mêmes machines que leurs idoles (en l’occurrence, le groupe allemand Kraftwerk) et sur les nouvelles générations. Inspirés par le jazz, le blues et toutes les subcultures issues de l’histoire de leurs ancêtres, ils créent alors la techno. Une musique électronique qui groove et porte au bout de la nuit.

À ce moment-là, la musique de Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson n’a pas la notoriété qu’on lui connaît aujourd’hui. Essentiellement black, la communauté techno se retrouve dans des clubs, des sous-sols, revendique son existence par son engagement pour le droit commun. Plus qu’une simple création artistique, la techno est une revendication, un mouvement culturel, qui finit par traverser les frontières et toucher l’Europe. Peu à peu, chaque pays et chaque culture s’approprie le genre et le façonne à sa manière en d’autres.

Du côté de Chicago, c’est la house qui éclate. Jusqu’à l’arrivée de DJ Pierre et de son groupe Phuture, pionniers de l’acid house. En Angleterre, le genre débarque à la fin des années 80 et fait rage. D’un seul coup, la communauté gay s’empare des soirées labellisées acid house. Ecstazy, speed, amphets… Tout circule, tout se partage. Dans un souci d’amour et d’égalité, les soirées s’enchaînent dans la joie et sa communication. Ceux qui y étaient racontent alors cette période comme le Second Summer of Love (1988). Les nouveaux hippies ont troqué la guitare pour le synthé et l’herbe pour la pilule. D’anciens spectateurs et acteurs, comme Laurent Garnier, l’évoquent comme un virage radical ; du jour au lendemain, les clubs de la perfide Albion ont dû revoir leur programmation et se mettre à l’électro.

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La consommation du divertissement

Petit à petit, la musique électronique s’est fédérée. Aujourd’hui présente dans de nombreux festivals, elle a connu un essor sans précédent ces vingt dernières années. Mais si de manière générale, elle se porte bien, la techno, elle, n’a toujours pas la reconnaissance qu’elle mérite, pourtant mère des autres sous-genres.

C’est la culture de la fête en elle-même qui a dicté le succès de certains genres et l’échec d’autres. Le divertissement à l’américaine fusionné à l’extravagance hollandaise y aura été pour beaucoup et engendré de nombreux évènements aujourd’hui célèbres : Coachella, Lollapalooza, Tomorrowland, Electrobeach… La liste est longue. Le fer de lance de ces festivités, c’est l’électro commerciale, qui passe sur les ondes à travers le globe et ambiance les plus grosses soirées. Combinée à des décors invraisemblables, des millions de paillettes et confettis sur des kilomètres de terrain et des litres et des litres d’alcool, cette musique a attiré le plus gros du public de l’électro.

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La techno, elle, a gardé cette image de musique de drogués. Peu aidée par l’image des raves qui éclatent aux quatre coins de l’Europe, elle lutte pour convaincre le reste du monde qu’il ne s’agit pas que d’une niche accessible à ceux qui s’autodétruisent ; pour revenir aux fondements du genre. Seulement, la drogue s’est bien plus démocratisée dans les soirées. Les nouvelles générations sont plus facilement happées par la tentation et l’illicite. Difficile aujourd’hui de rentrer dans un club et de ne pas y trouver des mâchoires au sol, des paupières de la taille d’un ballon et deux ou trois cadavres qui mériteraient un exorcisme.


La première fois

Comment fait-on pour passer un bon moment si on ne comprend pas tout ça ? En soi, il n’y a pas besoin de connaître les piliers de cette religion artistique pour la pratiquer. Comme toute chose, il ne s’agit que d’une question de goût. Telle ou telle personne sera plus apte à apprécier la musique électronique et la musique de club à sa juste valeur dès le début. Certains seront moins réceptifs, d’autres complètement réticents. La meilleure solution, c’est encore d’essayer.

Le fait est que, pour la plupart des « initiés », la révélation s’est faite sur le tard, une fois les deux pieds dans le club, entraînés par des amis ou connaissances. Et (très) souvent, il était question d’un para par-ci ou d’un taz par-là. « Mais j’ai jamais essayé ces trucs-là moi. » Sauf qu’on finit généralement par vous convaincre : votre première techno sera également votre première perche. Plus d’échappatoire, et si la drogue ne vous a pas trop violemment frappé, vous vous laissez entraîner par l’ambiance et le son. L’expérience est généralement fort enrichissante car vous vous ouvrez à quelque chose de nouveau. Mais surtout, vous le ressentez différemment qu’au quotidien.

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Parce que la MDMA et ses dérivés l’ont prouvé à maintes reprises : l’écoute et l’analyse que notre cerveau fait de la musique sont plus développées avec la prise de méthamphétamines (du moins plus sensibles). Beaucoup de gens aujourd’hui racontent qu’avant, ils ne supportaient pas la musique électronique, « c’est juste du bruit, c’est boum boum et c’est tout » ; leur avis changera finalement après la prise de ce type de substances. Ce qui apparaît alors comme une simple nuisance sonore se révèle être une musique complexe et entraînante.
Est-il donc réellement nécessaire de prendre de la drogue pour écouter de la musique de club ? Non. Ça peut aider, ça peut changer l’ambiance, l’émotion ressentie, la façon dont on vit ce moment… Mais en rien vous faire adhérer entièrement à un concept ou non. Tout ce qui se passe dans votre tête est personnel, et ce genre de consommations ne vous aide qu’à faire abstraction du reste. Si les gens ont changé d’avis, c’est parce que la drogue les a mis face à l’évidence : tu es en soirée, tu es perché et tu écoutes cette musique-là. Maintenant à toi de l’aimer ou non.


N’écoutez donc pas ceux qui prônent le discours de la consommation « parce que c’est trop bon » ou ceux qui pensent qu’il n’y a pas mieux qu’un cacheton devant le caisson. Ne croyez pas non plus les préjugés de la société face à la musique électronique, faites-vous votre propre idée. On n’est jamais à l’abri d’une bonne comme d’une mauvaise surprise, mais l’essentiel est d’avoir sa propre opinion.

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