Cuissardes, twerk et reggaeton : elles prennent le pouvoir par la sexualité

© Nais Bessaih

Un regard moqueur sur la cagole, la nympho, la chagasse et l’allumeuse glisse vers les beurettes, les proies de la yellow fever et autres panthères noires… Usons des raccourcis injurieux pour entrer directement dans le vif du sujet : la sexualisation permanente de la femme. À en croire les nombreuses voix qui s’élèvent contre ces qualificatifs, les femmes seraient victimes des clichés sexuels qui leur sont apposés sans pouvoir en sortir. Pourtant, d’autres s’en emparent, les enfilent et les assument.

Mutantes en cuissardes

En 2009, dans son documentaire Mutantes (Féminisme Porno Punk), Virginie Despentes rencontre celles qui prônent le féminisme pro-sexe, faisant « du corps, du plaisir et du travail sexuel des outils politiques dont les femmes doivent s’emparer ». Huit ans plus tard, la journaliste Camille Emmanuelle publie Sexpowerment, un essai dans lequel elle se débarrasse des diktats de la société sur le corps, la sexualité et le genre pour prôner un féminisme incarné. Si elle est la catégorie la plus recherchée en France sur Pornhub, la “beurette” est également en proie à ces injonctions, désignant péjorativement la femme maghrébine.

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L’influenceuse Lisa Bouteldja, diplômée en mode de la prestigieuse Central Saint Martins, s’empare du personnage pour poser fesses apparentes, gestes lascifs et look mettant en valeur sa kalashicha, nous invitant à célébrer la “beurettocratie”. Si les maisons de mode traditionnelles restent frileuses à l’extravagance vulgaire, de jeunes marques remettent le sexy d’actualité. C’est le cas de la jeune marque parisienne We Are Baddies, qui fait ainsi poser la chanteuse Lolo Zouai en robe de cuir et collier de chaînes sur une mini-motocross, ou une étudiante maintenant fièrement ses seins dépourvus de soutien-gorge dans la rue, les yeux mi-hagards, mi-aguicheurs.

Twerk et Reggaeton, ennemis du féminisme ?

Les détracteurs du reggaeton ont une fâcheuse tendance à oublier que cette danse, contrôlée par la femme, est bourrée de paroles machistes mais également d’un empowerment au féminin qui n’a pas son pareil. Prenez “Despacito”, pour mettre tout le monde d’accord non pas sur la qualité de la musique mais sur l’invitation au consentement qu’elle contient : “Je veux être à ton rythme / Que tu apprennes à ma bouche tes endroits préférés / Permets-moi de dépasser tes zones de danger / Jusqu’à ce que tu cries / Et en oublies ton nom.” On peut également citer l’injonction “Dale papi Dale!” (“Vas-y chéri, vas-y”) que l’on entend régulièrement dans les sons reggaeton, où le consentement est criant voire suppliant.

Dans son essai-enquête Jouir, la journaliste Sarah Bermak fustige le slut shaming pratiqué par les femmes vers les femmes, et en particulier en ce qui concerne le twerk. Selon elle, « les femmes blanches se sont senties investies d’une mission : sermonner Beyoncé et ses copines parce que, tout de même “le twerking c’est pas féministe”, comme l’a déclaré Annie Lennox (…) Cet épisode s’inscrit dans un schéma assez récurrent à travers l’histoire du féminisme, celui de femmes blanches décidant ce qui mérite d’être considéré comme féministe. Souvent, ce polissage s’est soldé par l’exclusion de femmes racisées, des lesbiennes et de femmes transgenres ». Elle mentionne Fannie Sosa, universitaire, artiste et danseuse travaillant sur le twerking. Dans sa vidéo Cosmic Ass, véritable ode au twerk, Sosa explique son processus : « je connecte ce que j’appelle “les beaux quartiers” que sont le visage et l’ego avec le ghetto qu’est mon corps ». Et si au lieu de les shamer, on encourageait un peu plus les salopes ?

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