Barbi(e)turix fête sa toute première compilation à la Station

© Naïs Bessaih

Le mois dernier, on pleurait encore la disparition de notre diva Moda. La communauté LGBT en deuil, il fallait qu’on retrouve vite un territoire de jeu. Comme une vieille amie qu’on n’a pas vue depuis longtemps, on a retrouvé un de nos premiers amours : Barbi(e)turix. Une communauté de lesbiennes, à l’origine des soirées Wet For Me où il fait bon vivre pour elles, mais aussi pour qui veut découvrir un monde libre.


La bonne nouvelle, c’est qu’en quinze ans, rien n’a changé. La meilleure nouvelle, c’est qu’elles sortent leur toute première compilation. Une sorte de porte-parole des valeurs de BBX – à la manière de leur ancien fanzine aujourd’hui disparu – où “les copines” s’expriment en musique. Et qui de mieux pour nous la dépeindre qu’un membre historique du crew : Rag.

Quand on écoute cette belle compilation, on ne peut s’empêcher d’y discerner une histoire, un message… Qu’est-ce que tu as voulu raconter ?

Déjà c’est important de préciser que ce n’est pas moi toute seule qui l’ai voulue. On est trois vraiment à l’origine de ce projet avec Sophie Gonthier et Vale Poher. Elles font toutes les deux de la musique. Moi j’étais moins sensible à faire une compilation parce que je suis vraiment plus promoteur, militante, DJ… mais pas productrice. Les filles m’ont vraiment convaincue parce qu’elles font de la zik et elles galèrent grave. Elles galèrent à avoir un label, un distributeur… Pourtant ce sont des filles qui ont du talent ! On avait envie donc de mettre justement en avant toutes les copines qui sont déjà venues jouer à nos soirées – pour qu’il y ait un fil conducteur et que ça soit cohérent – et en même temps donner un tremplin à toutes ces artistes féminines. On reste Barbi(e)turix, on défend quelque chose de féministe ; tout ça avec une direction musicale qui nous ressemble. Ce qui est super, c’est que tout le monde a répondu présent ! On se retrouve du coup avec une compil’ de 18 morceaux – ce qui est énorme. Et sûrement qu’une deuxième verra le jour… On fait ça en mode DIY comme le fanzine Barbi(e)turix de l’époque. 

C’est votre nouveau mode d’expression pour pallier sa disparition ?

Clairement dans la continuité. On n’avait jamais fait ça alors qu’on est hyper présentes dans la scène musicale. On est un des collectifs qui existent depuis plus de dix ans, donc il fallait graver dans le temps. On a fait plein de distribution papier, mais cette fois-ci, on voulait s’attarder à la musique.


© Naïs Bessaih

Pour ça, vous êtes allées chercher des artistes comme Jeanne Added, Rebeka Warrior, Léonie Pernet, Mila Dietrich, Sônge… À la fois parmi les reconnus et les émergents !

On a fait les deux, mais on a surtout invité que des gens “proches”. En aucun cas on profite du nom des uns ou des autres. Jeanne Added, Rebeka Warrior… ce sont des filles qu’on a déjà invitées plusieurs fois à nos soirées. En même temps, elles nous aident clairement à propulser la compil’ et réfléchir à comment donner de la visibilité. Forcément, si on ne fait que des artistes émergents, je ne suis pas sûre que certains médias s’y seraient intéressés. Ou même le public. C’est une bonne balance entre les deux, mais ça reste des gens qui nous sont chers et qui ont pour nous des valeurs.

Vous qui êtes pourtant abonnées à la Machine du Moulin Rouge, pourquoi avoir choisi la Station pour la release party ?

On avait envie d’un truc un peu punk. Je voyais mal faire une release party aux Bains Douches ou un truc comme ça… C’est marrant parce que des filles du crew étaient étonnées justement qu’on fasse ça là-bas. On voulait rester dans cet esprit DIY, un peu punk. La compil’ a des morceaux très différents, on l’a auto-produite… on avait envie d’un lieu qui corresponde bien à ce projet. Ils sont très amoureux de la musique, avec une programmation hyper rock, hyper électro, hyper techno… Ils proposent quelque chose de vraiment alternatif. À la Machine, il y aurait trop eu la connotation Wet For Me dont on voulait sortir justement.

C’est représentatif des deux visages de BBX, entre le collectif et la Wet.

Complètement. Les Wet, c’est un peu notre amiral, notre vaisseau – ça roule. Il y a toujours du monde, il y en aura toujours parce qu’on essaye de rendre la soirée attractive et proposer quelque chose pour les filles. Après on a des évènements en dehors de la Wet qui s’entrecroisent avec, mais où on essaye de faire quelque chose de différent – comme le musée d’Orsay il y a peu. Donc oui, deux visages : la Wet un peu facile, un peu gouine, un peu mainstream, et de l’autre côté nos events un peu plus alternatifs. Par contre, je ne pense pas qu’on verra BBX dans une warehouse je ne sais pas où avec une sécu’ à la con… Je fais partie de l’exploitation donc la sécurité du public, c’est hyper important et respectueux pour moi. Il y en a beaucoup qui oublient ça.

Tu trouves qu’il y a des problèmes importants de sécurité en ce moment ?

Il ne se passe pas un mois sans qu’il y ait un promoteur qui fasse un statement : « Nous condamnons, nous sommes désolés que machine se soit faite agressée là, que machin soit tombé dans les pommes parce qu’il a pris trop de drogue, etc... » Après, tout n’est pas dû aux promoteurs – c’est évident. Il y a un gros problème de drogue et de défonce à Paris en ce moment. Là, la communauté est en deuil à cause d’une overdose à Dehors Brut. Je trouve ça hyper injuste que le lieu se prenne un mois de fermeture administrative alors que ce sont les premiers à faire hyper attention à la prévention, au respect du public, à la sécurité. Bon, il y a un nouveau préfet... Le climat est assez compliqué. La réalité sociétale extérieure est... comment dire... on vit dans une société de bâtards quoi ! C’est hyper agressif, à Paris particulièrement. Toujours les plus précaires qui s’en prennent plein la tête.

Qu’est-ce qu’il y a de mieux à faire pour empêcher tout ça ?

La prévention. Plus de prévention, moins de répression. La société va mal, j’ai l’impression qu’on se défonce pour oublier qu’on est au chômedu et qu’on n’a pas de thune, qu’on galère, qu’on vit dans des 15 m2… On se libère de quelque chose. Ce n’est pas aux promoteurs d’assumer tout ça. Mais forcément, la nuit et l’insécurité vont ensemble depuis toujours. On ne va pas refaire le monde. Mais de la prévention et de la sensibilisation pour les promoteurs, et que les institutions nous aident plutôt que de nous réprimander.


© Naïs Bessaih

Globalement, la nuit parisienne se porte comment ?

Très bien ! On reste quand même “capitale des Lumières”... Après il y en a toujours pour râler, on est Français. Par rapport aux autres capitales, je trouve que Paris a énormément d’offres – pour tout le monde. Ça coûte cher, mais je pense qu’à Berlin, c’est plus cher que dans le trou du cul de la Bavière ; ça fait partie du jeu. Je trouve que la nuit queer/LGBT se porte très bien aussi. Énormément d’évènements se font avec très peu de lieux sédentaires – souvent les médias communautaires se plaignent de ça. Pas mal de soirées itinérantes, ce qui peut malheureusement entraîner des problèmes de sécurité. Mais il y a une ébullition artistique hyper forte qui fait que Paris se porte très bien, je trouve.

Après 15 ans de BBX, le message est-il passé ?

Oui, mais le combat continue quand même. Je vois comment la société a évolué et comment nous on a évolué avec nos soirées. S’il y a presque 2 000 personnes à chaque Wet, c’est qu’on a réussi à toucher des gens. Notre site internet – même si ces derniers temps il est moins alimenté – tourne super bien, dès qu’on poste on sent une réaction réelle de la communauté, fidèle. On était parmi les premières à ouvrir la porte à tout le monde, ce qui nous aura aussi causé du souci. Le combat n’est pas fini, certes, mais quand on en arrive à être contactées pour finir au musée d’Orsay... C’est hyper cool !

Jusqu’à présent, ton plus grand problème en 15 ans de BBX, c’était...

Les mecs. Les mecs à la programmation, les mecs à la régie, les mecs à la porte, les mecs à la soirée... Et encore aujourd’hui. Il y a deux ans, cette interview n’aurait peut-être jamais eu lieu. Donc je me dis, il y a quand même beaucoup de progrès. Les médias font hyper gaffe, certains festivals essayent de faire des programmations paritaires… On a la chance d’avoir une sororité qui s’est vraiment construite. Si on a la Machine aujourd’hui, c’est parce qu’à l’époque c’était une programmatrice. C’est elle qui a poussé le truc. C’est cette solidarité qui a fait que. D’autant plus avec l’apparition de plus en plus de groupes aussi, comme shesaid.so ou Collectif 52. On essaye de se donner des coups de main entre professionnelles.

On progresse quand même plus rapidement ces derniers temps.

Parce que la société a changé aussi ! On recule sur beaucoup de choses, mais on avance pas mal. Il y a beaucoup d’hommes du métier qui ont compris la démarche et la nécessité d’ouvrir les programmations et le travail. Ça a avancé, mais on n’est pas au peak encore.

Il y a eu un moment dans ta vie où tu t’es dit : « J’ai réussi » ?

Je n’ai pas d’exemple précis, mais quand on reçoit des messages de remerciements type « merci d’être là », c’est hyper fort. Je trouve ça incroyable d’en être là. C’est touchant, parce que tout est résumé en une seule phrase. On a réussi à donner du bonheur à ces personnes, mais aussi de la visibilité ou juste leur montrer que tu peux être une femme et réussir. Que tu peux être gouine et te sentir mal dans ta peau et ton corps et venir quand même à nos soirées où tu ne seras pas jugée. Tu peux venir t’envoyer en l’air dans tous les sens du terme, sans gêne.


Release Party BBX #1
La Station – Aubervilliers (93)
Samedi 19 octobre de 22h à 6h
Event Facebook

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