Contrefaçon : interview avec le crew de punks millennials à Air Max de la techno parisienne

L'équipe de Contrefaçon n'est au fond qu'une bande de potes libres comme l'air. © Instagram : @parade_nuptiale___

Contrefaçon, c’est ce groupe d’électro parisien, ultra visuel, étendard d’un gabber mélodique, paumé entre violence et poésie. Ce sont ces 4 potes du collège qui décident de vénérer les 90’s en Air Max, couler des douilles en survet' Sergio Tacchini, et se rêver en Refn du tro-mé. C’est ce foutraque qui intrigue, l’image et le son d’une génération paumée, néo-punk en R5 s’enfarinant la tronche dans une avalanche de brutalité douce quasi amoureuse. C’est cet impact foudroyant d’une musique transgenre qui fait pogoter la jeunesse en chaleur un vendredi soir à 22h chez les prout-prout de la Gaîté lyrique.

Et c’est pour tout ça qu’il fallait les rencontrer. Je me retrouve alors aspiré dans une loge redimensionnée en aqua nébuleux autour de Laurent (Junk8, musique), Pierre (Antipop, vidéo), Michael (Mike, musique) et Etienne (Mandelboy, vidéo), le oinj qui circule et les yeux qui piquent, la bière tiède qui dégouline sur des Vans à trous, ambiance retour de boom dans le 20e.

Par Pierig Leray


Pour moi, Contrefaçon est un concept musico-vidéo très générationnel, désillusionné, vénérant les années 90 sans vraiment les avoir vécues, en mode No future du punk des années 70, vous sentez-vous représentatifs de cette génération néo-punk ?

Complètement, notre inspiration directe vient des années 90, mais surtout de sa transition vers la culture des années 2000. On était certes des mômes à l’époque, mais on s’est tous nourris indirectement de tout ce qu’on a vu, entendu à la radio, que ce soit Homework des Daft Punk, Prodigy, des sons de Mr Oizo ou des Chemical Brothers, on a baigné là-dedans. Je ne sais pas si on peut s’annoncer en représentants de cette génération mais en tout cas on s’en est clairement inspiré. Les pogos de nos concerts et notre vision trash et dark de Paris s’associent carrément à l’idée du punk.

 
Justement, Paris, très présente dans vos compositions, est une ville de faux-semblants, où les vingtenaires en ont ras-le-cul de payer 15 balles leur bière et de s’enfermer dans des 20 m2 de pubars sur liste : est-ce là aussi votre message, se barrer des murs conventionnels de l’intra-muros parisien ?

Typiquement dans notre clip, tu vois Antoine le personnage principal littéralement traverser le périph’ à pied. La techno, le club, se sont gentrifiés aussi vite que cette ville que l’on veut dépeindre brute, sans glamour à la con. On veut parler de fracture, la colline à crack karchérisée toutes les semaines Porte de la Chapelle, de cet underground parisien, parfois démoralisant et violent, mais toujours inspirant. Nous, c’est le Paris dégueu, et on veut y jouer notre rôle en le montrant sous tous ses aspects.

 
La première partie de l’album est très aérienne, un fil mélodique qui pousse à écouter les yeux fermés, comme une BO de film. Votre son est très visuel, comment s’organisent vos compositions entre clip et musique ?

Ce sont des allers-retours incessants, par exemple "Acid Land" a d’abord été tourné à l’arrache à Disney et le son s’y est greffé par la suite. Notre court-métrage n’est qu’un début, un premier pas dans le cinéma. Mais notre objectif et but ultime est de réaliser un long-métrage. Notre concept est né dès notre premier EP avec 4 clips représentant 4 saisons et une trame narrative de 1 an sur un même personnage. En référence, on peut citer Pusher de Nicolas Winding Refn, caméra à l’épaule, très ghetto, avec une mise en scène focalisée sur un type, en poursuite derrière lui. Ça nous a vachement inspirés.

 
Revenons sur la composition binaire de votre album, quasi schizophrénique avec sa face A mélodique, sa face B plus gabber trash. Vous avez voulu étaler votre talent et montrer à tout le monde ce que vous saviez faire – comme un metteur en scène avec son premier film, ou alors tout était parfaitement calculé avec une impossibilité de trancher ?

À la base, chacun de nous a des goûts et une relation très différente à la musique électronique. La face A se dirige vers des gens à la culture électro moins agressive, la face B sonne bien plus club. Dans tous les cas, on veut tirer de l’émotion pure aux gens, on veut qu’ils se lâchent, passent d’un trip les yeux fermés à un pogo de dingue. On veut aussi les surprendre avec notre image et nos sons énervés, extrêmes, jouer dans la provocation sans tomber dans l’électro répétitif. Pas de concession, on suit nos envies évolutives, mais probablement qu’avec le temps, les choses s’affineront.

 
Que ce soit dans vos clips ou votre musique, on ne retrouve que du plaisir illusoire, de la drogue, du cash, un casque VR. Est-ce là finalement l’ultime solution, se couper du monde et s’enfoncer dans l’éphémère ?

Oui, tu as bien ciblé le truc. C’est vrai que pour le moment, il y a peu d’espoir dans nos messages, pas vraiment de solution mais plutôt un constat de notre société. Quand tu parles d’argent facile, notre approche n’a jamais été monétisée, on est incapables de s’y intéresser. Comme Antoine, il se fait de la thune mais ne l’utilise que pour le claquer. On compte en tout cas continuer de parler des mêmes personnages, les cultiver, les faire évoluer, mais toujours dans un rythme nerveux. Et qui sait, peut-être qu’un peu d’espoir et de solutions découleront de nos prochaines compositions…

   
Contrefaçon, premier album Mydriaze sorti le 20 septembre dernier

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