[ITW] Didier Varrod, à la tête de l’Hyper Weekend Festival à la Maison de la Radio

  • Sarah Leris
  • Music
  • Publié le 21 Janvier 2022 à 18h23
© Jules Faure

Après 40 ans de carrière, des chroniques, livres à ses cultissimes émissions Electron Libre ou Foule Sentimentale sur France Inter, Didier Varrod était nommé directeur musical des antennes de Radio France en 2019. Un poste pensé pour lui, car celui qui n’a eu de cesse de défendre la musique émergente et la musique live et à qui l’on a doit la découverte de nombre petits prodiges de la scène française actuelle continue de porter haut son combat : il est à l’origine de l’Hyper Weekend Festival qui se tient ce week-end à la Maison de la Radio, où artistes confirmés et émergents se partagent l’affiche avec tendresse. Rencontre avec un hyperactif, bienveillant et passionné.

Tu as choisi de maintenir le festival malgré les restrictions. Pourquoi ?

Parce que ça fait deux ans qu’on est dans cette crise et que depuis la fin du 1er confinement, le 11 mai 2020, on a décidé de ne plus fermer la maison de la Radio pour maintenir le lien avec les artistes et leur entourage. En tout cas, de faire en sorte que le 104 et l’Auditorium puisse accueillir des artistes, soit pour leur promo soit dans le cadre d’opérations exceptionnelles. J’avais autre chose en tête, mais ce sont ces salles que l’on a maintenues pour l’Hyper Weekend, ainsi que la création de Jean-Michel Jarre en la réaménageant totalement puisqu’au départ c’était un concert en immersion debout. Maintenir le festival, c’était un signal très fort en direction des artistes qu’on adore mais aussi pour tous ceux qui les entourent car je ne dissocie pas les artistes des techniciens, managers, attachés de presse qui travaillent et pour qui c’est important d’avoir un événement comme celui-ci. J’ai été nommé en juillet 2019, c’est le premier projet que j’ai mis sur la table, il était prévu pour janvier 2021 et j’ai donc annulé la première édition sans que personne ne le sache puisque je n’en avais pas parlé. Puis Malik Djoudi et Juliette Armanet m’ont appelé au secours et on a organisé l’Hypernuit l'année dernière, qui n’était pas un festival mais une soirée exceptionnelle qui a permis de créer ce rendez-vous annuel autour de la musique française ou francophone. C’est un super souvenir, on était 100 artistes sur la même scène pour 6h de direct diffusé sur 5 antennes. C’était vraiment une manifestation de soutien et de solidarité, quand l’Hyper Weekend est une manifestation d’abord artistique avant d’être une manifestation de soutien.

C’est une manière de militer pour le live ?

Oui, c’est très important, pour moi le live est constitutif de la musique et j’avais très envie que cette Maison puisse, une fois par an, regrouper tout ce qu’il y a de fort et de bon dans la musique, avec cette contrainte que je me suis fixée qui est de ne pas faire un festival de plus. Je voulais que la programmation soit différente, qu’on aille applaudir des artistes qui soient soit dans leur première date importante, soit dans une création. On a beaucoup travaillé avec Talent boutique et Grand management pour trouver la singularité de ce festival dans les créations. 

« La vie n’est fascinante que dans ses commencements »

Pourquoi est-ce si important de continuer à organiser des live et à soutenir la scène émergente ?

La scène émergente pour moi c’est un credo depuis toujours, j’ai toujours aimé ce qui débute. Je trouve que la vie n’est fascinante que dans ses commencements, alors j’essaie, même à mon âge, de continuer à perpétuer cette ivresse des commencements, des débuts, des jaillissements. Ça ne veut pas dire que je ne suis pas les projets qui ont de l’expérience, mais ce qui est beau c’est ce qui nous fragilise parce qu’on est en terrain inconnu. Pour moi ça fait partie du cahier des charges du service public. Il y a une offre ailleurs en radio beaucoup plus standardisée, conventionnelle et qui répond à des lois qui ne sont pas les nôtres, donc c’est important de continuer à mettre en lumière cette valeur de la découverte. Et puis c’est tellement chouette quand on a participé à l’éclosion d’une Clara Luciani, d’une Fishbach, d’une Juliette Armanet ou d’un Eddy de Pretto ! J’ai vécu tellement de naissances ici que des liens très forts se créent avec ces artistes qui finissent par rencontrer leur public. C’est tout le sens de ce festival : programmer des artistes d’aujourd’hui, de demain, mais ne jamais oublier ceux qui nous ont précédés. C’est un passage de témoin entre le patrimoine, le présent et le futur.

Tu as toujours programmé et soutenu les musiques alternatives et les groupes émergents, à une époque ça a été l’électro, aujourd’hui ce sont Divas, Iliona et Pierre de Maere. C’est presque un acte politique.

C’était politique de défendre l’électro et ça l’est toujours, puisqu’aujourd’hui ceux qui ont le plus trinqué de la crise sanitaire ce sont les clubs et les artistes électro. Quant à défendre l’émergence, ça l’est aussi puisqu’en télé il y a très peu de place pour les artistes émergents, pareil en radio, on a donc une carte à jouer. Et si on s’inscrit dans la durée, on s’aperçoit que si on ne fait pas ce travail-là on ne renouvelle pas la musique. Il faut bien qu’il y ait des gens qui, à un moment, décident de miser sur Juliette Armanet quand personne d’autre ne mise sur elle. Que ce soit elle, Eddy ou Clara, on a le devoir de leur faire confiance, de prendre des risques avec eux parce que c’est le sel de la vie. La vie, c’est le risque, l’inconnu, c'est sortir de sa zone de confort. Et dans ce festival en particulier, dans toute la programmation il y a des coups de projecteur sur un geste artistique qui est aussi politique. Kiddy Smile qui vient parler de son amour pour la house music, mouvement de libération de la communauté LGBT, et qu’il confronte à la culture gospel, ce n’est pas anodin. La création de Divas est très importante aussi : ce sont quatre voix très émergentes qui parlent de ce que vivent les femmes avec Me too. J’ai toujours été complice de mes soeurs de combat sur ces sujets-là mais je préfère encore quand ça se traduit par un geste artistique. Il n’y a rien de plus beau et de plus fort que d’être dans une revendication et une mise en lumière des questionnements qui sont ceux de ces jeunes femmes en musique et en masterclass. C’est une vraie revendication que je porte. D’ailleurs la première soirée réunit Yndi, November Ultra, Iliona et Lala &ce : que des artistes femmes.

© Jules Faure

On va voir quoi alors ? Quels sont tes coups de coeur ?

November Ultra pour sa voix envoûtante. Mr Giscard me plait bien avec son insolence et son indolence, j’ai eu l’occasion de le rencontrer et il a un parcours assez bouleversant. Kiddy, évidemment, parce que c’est un de mes bébés et qu’il vient avec une création très audacieuse. Pierre de Maere, plusieurs personnes n'accrochent pas et je ne l’ai jamais vu sur scène mais je le trouve extraordinaire, c’est un phénomène, il m’énerve autant qu’il m’excite, il est ambitieux, assez drôle, et je suis sûr que ça va être super. Et la création Dominique A évidemment, surtout pour Terrier.

On répond quoi à ceux qui disent que la musique n’est pas de première nécessité ?

Si on est attaché à la langue française, la première nécessité est la nourriture et l’eau. Mais un humain, s’il n’est pas nourri de nourriture spirituelle et artistique, se dessèche. La musique est pour ça un moyen d’expression ultra essentiel pour pouvoir vivre ensemble. J’adore la danse, le théâtre ou le cinéma, mais tous ces modes d’expression réunissent des gens qui se ressemblent. Il n’y a qu’en musique où, d’un coup, dans un endroit, tu peux rencontrer des gens qui ne pensent pas comme toi, qui n’ont pas la même expérience que toi, pas la même sexualité ou les mêmes idées politiques, mais qui se retrouvent en communion sur un répertoire. Au concert de PNL, je n’avais rien en commun avec les trois quarts de la salle, mais quand on entendait une musique qui nous faisait vibrer on était tous à l’unisson. On nait, on aime, on désire, on pleure et on meurt en musique. La musique, c’est le ciment.

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