Pourquoi le nouveau documentaire sur Booba n'est pas convaincant

© Berzane Nasser

Sur la plupart des médias, on peut lire avec extase que ça y est, le duc de Boulogne « a enfin son documentaire », « on s’impatientait », « il mérite » … Curieux comme tout, on a donc regardé avec attention cette réalisation. 

 
Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’on a été surpris. Par l’initiative, évidemment. Par le projet abouti, beaucoup moins, du moins pas agréablement. Si effectivement, un documentaire sur l’un des plus grands phénomènes du rap que ce pays ait connu s’imposait, il aurait peut-être fallu l’envisager sous un autre angle… et avec d’autres intervenants. Petites explications sur L’argot sous un garrot, réalisé par Olivier Pillot et Laura Milienne et sorti sur YouTube le 28 janvier dernier.


Des images à tout va mais pas de concret

Rien n’est inédit, rien n’est développé. Les images sont des preuves de ce qu’avancent chaque intervenant, entre morceaux de clips, interviews télévisées et citations en tout genre. À l’heure où les médias nous offrent un contenu de plus en plus qualitatif sur le sujet – on ne saurait que trop vous conseiller Hip-Hop Evolution disponible sur Netflix ou French Game de Arte disponible sur YouTube côté français, le contenu sur le Duc nous déçoit quelque peu.

Rétrospectif sur sa carrière, le documentaire retrace depuis Lunatic jusqu’à Trône les différentes étapes et faits marquants de la musique de B2O. Lui qui avait déjà réussi à conquérir tout un peuple audiophile en une poignée d’albums (Temps Mort, 2002, Panthéon, 2004 et Ouest Side, 2006) subit depuis longtemps les agressions constantes de critiques élitistes sur la montée en force d’une culture urbaine, celle du rap. Face au rejet de cette nouvelle société trop longtemps stigmatisée, difficile alors d’accepter qu’un documentaire sur Booba puisse être orchestré par des blancs, avec des blancs et pour des blancs. Car si ce programme n’est pas non plus un échec, il manque de cette authenticité que seuls ceux qui l’ont vécue peuvent raconter.


Des intervenants peu attendus

Dans notre idéal d’une réelle enquête sur la vie d’Élie Yaffa, on y retrouve ses meilleurs amis, mais aussi ses meilleurs ennemis. Ici, les quelques intervenants sont bien loin la sphère du rappeur, à l’exception près d’Olivier Cachin, spécialiste en rap et animateur de Mouv’. Si l’étude apportée par chaque témoignage, qu’elle porte sur la linguistique, la sociologie du rappeur ou encore sa façon de procéder médiatiquement, est intéressante, elle semble incomplète et vide de cette authenticité.

Qui sont-ils pour pouvoir parler de l’œuvre d’un artiste de façon aussi sereine quand il s’agit justement de l’une des histoires les plus "controversées" du rap français ? Étonnement quand alors des étudiants en droit, lors du grand procès fictif de Booba organisé par la faculté de Nanterre en 2018, ont un discours déjà plus maîtrisé, non seulement parce qu’ils sont fans mais parce qu’ils ont vécu cette histoire à travers l’évolution du rappeur, eux premier public de B2O.

 

Si l’on ne vous conseille pas de vouer un culte au documentaire L’argot sous un garrot, on ne vous interdit pas non plus de le regarder. Déjà parce qu’il est source d’informations et de nostalgie, mais aussi parce qu’il part d’un bon fond : mettre enfin à l’honneur une culture qui mérite la lumière sur son passé, son présent et son avenir.

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