Témoignages : depuis la crise, faisons-nous plus intensément la teuf ?

  • Lisa B
  • News
  • Publié le 29 Mars 2021 à 19h27
© Maxppp - Matthieu de Martignac

De confinement en confinement, de couvre-feu en couvre-feu, le gouvernement s’est attelé ardemment à "contrer l’effet apéro" depuis le début de cette crise, condamnant tous les espaces de fête au silence depuis maintenant un an. Pour autant, la fête est loin d’avoir disparu : la question se pose même de savoir si notre rapport à celle-ci ne se serait pas intensifié.

Depuis le début de la crise sanitaire, la stratégie du gouvernement pour endiguer la propagation du virus est de limiter les espaces de rencontre et de fête, ainsi que les fêtes privées. Stratégie qui aura mené à la fermeture des clubs, bars et tout autre espace festif, sans mise en place possible de protocoles sanitaires. En conséquence, les soirées en appartement se cumulent chaque week-end, voire même en semaine lorsque les chômages partiels et techniques le permettent.                    

Dans tout ça, un autre détail qui tient son importance : les soirées s’allongent. Nombreux.ses sont celleux qui se retrouvent avant 18h (couvre-feu oblige) pour finalement festoyer jusqu’au petit matin. Sans encadrement – car loin des staffs du club –, la consommation d’alcool ou de produits illicites est à portée de main, plus accessible et parfois même plus conséquente. A contrario, beaucoup préféreront ne pas participer à ces fêtes. Et pour cause : la redondance de ces évènements privés où les nouvelles rencontres sont quasi inexistantes, mais aussi le risque d’enfreindre les règles, de payer une amende ou encore d’attraper le virus et de contaminer des proches plus âgés.

Finalement, peut-on dire que « la bamboche, c’est terminé », comme l’affirmait le préfet Pierre Pouëssel sur l’antenne locale de France 3 ? Comment notre rapport à la fête a-t-il changé ? On a lancé le débat sur les réseaux et on a recueilli des avis divergents autour de la question. Les images intégrées dans le corps de cet article sont les résultats de notre sondage lancé en story de notre page Instagram, où plus de 1 000 personnes âgées entre 18 et 35 ans ont participé.



« Depuis le Covid je vois toujours les mêmes personnes, ça devient une monotonie »

Mon goût pour les soirées est moins prononcé, je suis fatigué plus tôt et je bois moins. Le bar, les clubs… tout ça me manque, je ne fais plus de nouvelles rencontres et c'est ça qui change tout ! Habituellement, sortir au bar avec un ami et en rencontrer 10 nouveaux pour finir dans un nouvel after avec des inconnus, c'est ça qui me fait aimer les soirées. Depuis le Covid je vois toujours les mêmes personnes, dans les mêmes apparts, ça devient une monotonie.
- Yves, 21 ans

 
« Le manque d'encadrement fait qu'on consomme plus »

À cause du couvre-feu, les soirées commencent plus tôt donc on fait la fête plus longtemps (vu qu'on sait rarement s'arrêter). Puis on ne va pas se mentir, le manque d'encadrement (personnels de club, vigiles, etc...) fait qu'on consomme plus, sans restrictions… D’ailleurs l’alcool nous coûte moins cher vu qu'acheté en supermarché. On s'implique plus aussi dans l’organisation de nos soirées : on loue des lieux, on fait nous-même le ménage, bref on a envie de se faire plaisir et de faire les choses bien. Je sors depuis 2013, je n’ai jamais fait autant la fête qu'en 2020 !
Sophie, 25 ans

« Les soirées commencent plus tôt et finissent plus tard… on en perd la notion du temps »

Je sortais pas mal hors période de Covid, mais alors là... j’enchaîne soirée sur soirée et je vais d’after en after. Je consomme plus, que ce soit l’alcool ou les prod'. Parce qu’on est en appartement et qu’il n’y a pas toujours quelqu’un qui est là pour mixer, et que souvent les voisins ne rêvent que d’une chose : te dénoncer. Donc tu n’as pas le son trop fort et tu passes la soirée à voir des assiettes tourner. Les soirées commencent plus tôt et finissent plus tard, beaucoup plus tard. On en perd la notion du temps et j’ai le sentiment d’avoir des difficultés à quitter l’endroit où je suis à chaque fois. Mais heureusement on a retrouvé des lieux pour danser ; j’ai rencontré des mecs qui organisent des soirées techno clandestines, on a dû faire une dizaine de soirées avec eux depuis le mois de janvier. Retrouver la possibilité de danser pendant 10-12h voire 16 heures d’affilée, ça m’a rappelé que je n’avais pas forcément besoin de drogues pour m’amuser et surtout quand tu danses, tu recommences à te sentir vivant !
Anonyme 

 
« J’ai l’impression de ne vivre qu’à moitié et la nuit je rêve de danser sur les tables » 

Avant j’étais un vrai petit oiseau de nuit : bars, soirées en appart, club etc. C’était mon moyen de décompresser et j’avais trouvé un parfait équilibre entre mon travail et mes sorties. Je me sentais alors seine, épanouie et libre… Depuis la fermeture des établissements, j’ai doublé mon quota de travail, mais pas les moments de relâchement. Une balade en plein air n’égalera jamais la sensation de liberté que provoque une foule animée au rythme des BPM – pour ma part. J’ai l’impression de ne vivre qu’à moitié et la nuit je rêve de danser sur les tables et de faire des rencontres impensables, comme c’était le cas avant.
Léa,  22 ans

 

« Sans cette crise, mes amis et moi n’aurions jamais monté notre propre collectif de soirée »

C’est clair que la crise a totalement changé ma vision de la nuit par rapport à avant ! Avant, les sorties, c’était principalement virées en boîte de nuit, soirées entre potes et festivals. Du coup avec le confinement, tout s’est arrêté... mais bizarrement, sans s’être concertés, quasiment tous mes potes et moi-même nous sommes mis à mixer pendant le confinement (comme quoi le son nous manque vraiment). Et en sortie de confinement, c’est tout naturellement qu’on a commencé à se rejoindre l’aprem pour poser du son et montrer ce qu’on avait appris à faire pendant le confinement. Quand on a réalisé que les lieux de fête n’allaient pas rouvrir tout de suite, on a commencé à organiser des soirées techno à 50 ou 60 personnes pendant l’été, c’était vraiment le feu ! Maintenant, on se dit même qu’on a quelque chose à faire car pas mal de monde sur Saint-Malo veulent venir à nos soirées ; donc on projette carrément de monter un collectif pour l’été prochain et tout ce qui va avec (DJ set, une vraie orga', du mapping et un gros mur de son – on s’est chauffés à faire des caissons nous-même). Donc voilà, cet été on espère que ça sera bien ficelé et qu’on pourra encore plus profiter que l’année dernière ! Finalement, je dirais que ce confinement et les régulations nous ont permis d’être créatifs et que, sans ça, on n’aurait jamais fait tout ça !
Gurvann, 23 ans

« Je peux rester à la maison ou sortir et peut-être prendre 135€… est-ce que ça en vaut vraiment le coup ? »

Je trouve que depuis la crise, le fait de voir moins de monde, de rester chiller à la maison et ne rien faire ne me donne plus vraiment envie de voir beaucoup de personnes ! Alors que, pourtant, j’ai toujours apprécié voir du monde et rencontrer de nouvelles têtes. Il y a ce truc que je me dis un peu à chaque fois : « Je peux rester à la maison ou sortir et peut-être prendre 135€ », ça déchauffe pas mal ! Au final ça se transforme en flemme de sortir. Sans compter le fait de devoir rester dormir sur place aussi, de devoir faire moins de bruit qu’avant, etc... Tout ça incite à se dire : « Est-ce que ça vaut vraiment le coup d’y aller ? »
Claire-Marie, 21 ans

« J'ai la sensation qu'on ne va plus en soirée pour le son, mais vraiment pour se droguer, s'évader »

Ce que je vois en soirée fait peur. Je sors beaucoup plus qu'avant, parce que c'est la seule activité sociale qui reste possible, majoritairement en soirée appart', et parfois en soirée clandestine quand il y en a. Les week-ends ne se terminent plus, commencent parfois le jeudi soir et terminent le mardi matin. Les gens ne dorment plus et consomment un max. J'ai la sensation qu'on ne va plus en soirée pour le son, mais vraiment pour se droguer, s'évader... Les conversations tournent autour de la drogue, des trucs chelous se passent, histoires sombres, g-hole, viol, etc. Alors que tout le monde vient par bouche à oreille, pourtant... C'est super dur d'arrêter ou limiter sa consommation quand on est pris dans ce cercle vicieux et c'est impossible de ne pas sortir parce que c'est l'unique moment de la semaine où on revit. Cette conséquence est oubliée dans la crise du Covid-19, mais personnellement dans mon entourage, on consomme 10 fois plus !
Anonyme

 
« J'aime les vraies longues soirées où je rentre en nage à midi et non pas à 3h du mat', en courant pour ne pas se faire choper par les flics »

Alors déjà, la fête s'est arrêtée, mais perso, pas les études, ni le travail. Donc j'ai chopé une grosse flemme… une fois que j'ai fini de faire ce que j'étais obligée de faire, je suis blasée. Je sors beaucoup moins qu'avant (comme les clubs sont fermés...). J'ai vraiment hâte que tout ça rouvre – pour tout plein de raisons –, mais principalement pour pouvoir refaire de vraies longues soirées, rentrer en nage à midi et pas à 3h du mat', en courant pour ne pas se faire choper par les flics après avoir bu deux bières sans danser – puisque l'appart est souvent trop petit et les enceintes généralement merdiques. J'suis rabat-joie de ouf non ? Bref, j'ai chopé la flemme de sortir, faire des "soirées pas trop intéressantes", ça je peux le faire chez moi. Au niveau de ma conso', je bois seule, pas à l'excès, mais comme je vais plus au bar, ma bouteille de gin me fait un mois quoi.
Mathilde, 22 ans

Et si le le danger se trouvait ailleurs que dans l’espace de fête ? 

Finalement, 73% des 1 200 participant.e.s au sondage ont prétendu faire moins la fête qu’avant. Des 27% restants, nombreux.ses ont été celleux qui nous ont révélé consommer deux, voire trois fois plus de drogues et d’alcool : un moyen de s’échapper en ces temps moroses où tout pousse à l’isolation ; force est alors de constater qu’il existe une réelle mise en danger au sein de la jeunesse festive. Un danger dont on parle peu, que le gouvernement n’a pas pris en compte, trop muré dans la seule idée que la fermeture des espaces de fêtes suffirait à éloigner ses habituel.le.s consommateur.ice.s du précipice épidémique. 

Et si le le danger se trouvait ailleurs que dans l’espace de fête ? On ferme les yeux en laissant se propager le virus lors de grandes fêtes en lieux privés, où un tiers de la jeunesse sera plus amenée à surconsommer, tandis qu’on ferme depuis plus d’un an maintenant des établissements – contraints, à terme, de disparaître – dont leurs professionnel.le.s sont de meilleur.e.s garant.e.s pour faire respecter les gestes barrières au Covid-19. Établissements dans lesquels on rencontre aussi souvent des professionnel.le.s de la réduction des risques et de la prévention – ce qui manque cruellement aux soirées en appartement.  

La stratégie du gouvernement, en stigmatisant le monde de la fête et en réduisant ses espaces à des lieux dits « non-essentiels » propres à la contamination, a finalement débouché sur un problème qui mériterait d’être mis en lumière : une jeunesse tantôt plus addictive, tantôt plus solitaire (59% d’après notre sondage) et parfois même plus suicidaire (selon une enquête publiée en janvier par la Fondation FondaMental, près d’un jeune sur trois a eu des "pensées suicidaires" à cause de l’isolement ces derniers mois).

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