Pourquoi le Berghain est il si culte ?

  • Lisa B
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  • Publié le 4 Octobre 2021 à 15h42
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Après 19 longs mois de fermeture, le Berghain, célèbre club de Berlin, rouvre à nouveau ses portes avec une première soirée "club night" ce samedi à 23h59. Une réouverture qui aura presque fait plus de bruit dans la capitale que nos propres clubs parisiens. Mais pourquoi donc le Berghain est il si culte ?

Le Berghain est définitivement le club techno le plus connu au monde. À première vue d’œil, c’est un bâtiment somme toute classique, massif et froid – pour beaucoup aussi peu esthétique qu’accueillant. Il est situé à la frontière des deux quartiers Kreuzberg et Friedrichshain ; pour la petite histoire, le nom de « Berghain » est la contraction des ces deux quartiers. Plus précisément, il se dresse au milieu d'une grande zone inhabitée du quartier Friedrichshain ; l'endroit idéal pour faire la fête, puisque personne ne vit autour. L'ancienne centrale thermique de Berlin-Est est – depuis son inauguration en 2004 – un lieu de convoitise pour les fêtards du monde entier.

S’il a très vite fait l’unanimité, c’est parce que le Berghain est la continuation pure et dure de ce que représente l'histoire du club techno berlinois, qui a commencé au début des années 90 dans de nombreuses caves et bâtiments d'usine vides de la ville. Après la chute du Mur, les souterrains de l'ancien Berlin-Est offraient des lieux très prisés pour faire la fête. La bande-son était sauvage et forte : techno, house... et c’est tout. 

 
De Osgut au Berghain, la fête berlinoise culmine

Déjà avant le Berghain, un autre club mythique, peut-être même le club berlinois le plus célèbre des années 90 : le Trésor. Installé dans un bâtiment indépendant sur la Potsdamer Platz alors encore vide, dans le no man's land entre le vieil est et le vieil ouest de la capitale allemande, le Trésor ressemble à une cave avec les casiers rouillés de l'ancien Banc de Wertheim, des bars et un sound system du futur en plus. C'est là que le mythe de la techno berlinoise est né. D’autres spots comme le Bunker ou le Eimer font également partie de l'histoire des clubs de la capitale, mais beaucoup n'ont pas survécu à la fin du 20e siècle. Un club, cependant, a prospéré au tournant du millénaire : fondé en 1999 par Michael Teufele et Norbert Thormann, le Ostgut est LE club gay de la capitale, avec une totale liberté à l’intérieur et un esprit underground comme on en voyait encore peu.

En 2003, l'Ostgut a dû céder sa place à une arène polyvalente. Les exploitants étaient à la recherche d'un nouveau bâtiment et ont rapidement trouvé ce qu'ils cherchaient : le mythique bloc qui logera dès 2004 le Berghain tel qu'on le connait aujourd'hui. Mais Michael Teufele et Norbert Thormann n’oublient pas leur premier projet, qui donnera d’ailleurs son nom au petit frère du Berghain : le label de qualité Ostgut Ton lancé en 2005. Dans ce nouveau lieu, toute la vie du club berlinois culmine dans des fêtes uniques, où la liberté – y compris sexuelle – est illimitée et célébrée chaque soir. Très vite, le lieu se développe et ajoute le Panorama Bar à l’étage supérieur ; une version plus lumineuse et fancy du Berghain avec une programmation davantage house et accessible (tant physiquement que musicalement).

 
"La porte la plus dure de Berlin" n’est pas un mythe

Ce n’est pas un mythe : celleux qui veulent y entrer font la queue pendant des heures. Les videurs sont imprévisibles – on ne parle de "la porte la plus dure de Berlin" pour rien. Le Berghain est rudement gardé par l’un des physio les plus célèbres au monde, Sven Marquardt. Le redoutable, qui a déjà été interviewé à maintes reprises, est aussi impénétrable que la porte qu’il garde ; c’est finalement peut-être même lui « la porte la plus dure de Berlin ». Beaucoup se demandent alors comment finir par pénétrer le temple de la techno : porter du noir ? Des bas résille ? Avoir l’air plus froid qu’un iceberg au pôle Nord ? C’est là toute la complexité du lieu, car s’il est présenté comme un hotspot dans toutes les brochures touristiques, le Berghain ne fait pas rentrer son public selon des codes vestimentaires ou des critères physiques, mais davantage sur un feeling avec le client et un état d’esprit ressenti. Et généralement, les touristes n'ont aucun moyen de passer, tout autant que les enterrements de vie de garçon et les groupes de gens complètement pétés sont proscrits. Le Berghain n'est ni un lieu de Spring Break ni une machine à fric dissimulée derrière des lights et un sound system : c’est un lieu underground avec une histoire à respecter. Et c’est ce qui fait du Berghain un club avec une identité unique, connue et privilégiée dans le monde entier. 

 
Ce qui se passe au Berghain reste au Berghain

Encore quelque chose que vous savez déjà sûrement : les photos ne sont pas autorisées. À l’entrée (si tant est que tu arrives jusque-là), la caméra de ton téléphone se verra couverte d’une petite pastille. Quiconque est surpris en train de prendre des photos aura des ennuis et sera jeté dehors : franchement, vous n’avez pas envie de prendre ce risque. Car à part prendre une photo, tout est permis ici. Tout le monde doit se sentir libre de faire ce qu’il veut, danser librement, parfois dénudé, avoir des rapports avec quiconque (tant que consentement il y a) sans se sentir observé.

À l’intérieur, il y a plusieurs pistes de danse dans différentes salles – des endroits où les invités peuvent se défouler. Les gens ne vont pas seulement au Berghain pour danser. Ici, vous pouvez simplement être qui vous avez envie d’être et faire ce que vous ne pourrez faire de l’autre côté des murs, dans le monde réel. Les légendes urbaines évoquent des soirées sexuelles extravagantes et une grande consommation de drogues – il y a aussi un peu de vérité là-dedans. Ce qui se passe arrive – et ne quitte pas les murs du Berghain. En 2009, le magazine Les Inrockuptibles décrira toutefois le club en ces termes péjoratifs : « À l'intérieur du Berghain, de très jeunes gens dansent très vite grâce à des substances. Partout on se roule des pelles avec des langues confites à l'alcool. Certains titubent sous les plafonds hauts ; il faut éviter les plaques de vomi. [...] Les photos sont interdites, on comprend pourquoi. » C’est aussi peut-être précisément à cause de ces jugements que le club décide de confisquer les téléphones à l’entrée, car le spectateur peut devenir acteur du moment présent et vivre « l'expérience Berghain », sans (presque) aucune limite et c’est ce qui fait son âme : à prendre ou à laisser.

Quand on parle du Berghain, on est aussi obligé de parler de sa très fameuse "darkroom". Une salle sombre et mystérieuse où peu de gens sont encore allés, et qui fait pourtant toute la réputation du Berghain aujourd'hui – peut-être plus que son célèbre physio. À la base, cette room vient d’un autre club, Lab.oratory. Il a été créé bien avant, pour une clientèle d'hommes homosexuels qui ont un penchant pour les performances sexuelles et qui, dans la pénombre de la salle, expérimentent leurs sexualités à grands renforts de sex-toys, de chaînes et de cuirs. En 2005, le club libertin Lab.oratory s'installe au Berghain, dans une dark-room, ce qui fait du club le lieu de fête le plus intrigant au monde.

  
Sound system, résident, musique : qualité

Armé de ses excellentes enceintes Funktion-One, le club a privilégié des précieux conseils de l’immense Marcel Dettmann, résident du club, qui a retravaillé le son du club en personne. Le système son est alors si bien calibré qu’on dit de lui qu’il est le meilleur au monde. Évidemment, pour un club d’une telle qualité, des line-ups de prestige. Le Berghain accueille ainsi les meilleurs DJ's de la scène techno mondiale et compte parmi ses résidents les immenses pointures Ben Klock, Marcel Dettmann, Tama Sumo ou Steffi qui sont aujourd'hui la figure de la techno allemande aux yeux du reste du monde.

Fort de cette qualité musicale, le club se verra attribué les titres de « meilleurs club techno au monde », par le grand journaliste Philip Sherburne et sera classé en tête du Top 100 des clubs par DJ Mag en 2009. Plus important encore, le club sera éternellement honoré par tous les ravers qui auront eu la chance d’y entrer.

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