Pourquoi c'est mauvais de booster sa sexualité avec des pilules magiques ?

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Le ChemSex, ou "sexe sous drogue" en VO, s'est développé depuis les années 90 et grandement amplifié avec les applis de rencontre. Cette pratique consiste à consommer des substances psychoactives pendant les rapports sexuels. Si elle est utilisée notamment pour booster performances et sensations, elle cache en réalité dans la plupart des cas une pratique addictive dangereuse et une augmentation du risque de transmission du virus du Sida. Retour sur ce phénomène. 


Le terme a été inventé il y a une vingtaine d’années par l'Anglais David Stuart, autrefois amateur de drogues, et aujourd'hui leader du combat contre cette pratique à risque, notamment à la clinique communautaire gay 56 Dean Street à Londres.

« À l'époque où il était illégal d'être homosexuel, cette communauté s'est rassemblée autour de la drogue notamment », a expliqué David Stuart. Un usage de drogue pendant le sexe qui provoque l'euphorie, l'excitation, et permet la désinhibition et l'augmentation de la performance. 

Depuis quelques années, le phénomène a explosé. En 2015 un article du Teleraph révélait qu’aujourd'hui, 60% des personnes qui se rendent dans certaines des cliniques londoniennes disent avoir participé à des orgies sexuelles de 72 heures impliquant des drogues.

Une explosion permise par les applis de rencontre notamment, « ces dernières permettent de découvrir en quelques minutes les hommes disponibles autour de soi, les pratiques sexuelles qu'ils acceptent mais aussi les substances psychoactives dont ils disposent ou approuvent l'usage », a expliqué Jean-Marc Jacquet, addictologue et praticien hospitalier, lors de son intervention aux 11e assises françaises de la sexologie et santé sexuelle, qui avaient lieu à Marseille du 15 au 18 mars dernier.

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Autre problème, aujourd’hui les drogues sont bien plus nocives qu’à l’époque. « Ce n'est pas comme l'ecstasy ou la MDMA qui te donnent envie de danser, elles sont beaucoup plus dévastatrices. Un homosexuel meurt tous les 12 jours à Londres à cause du GBL », confiait il y a quelques mois David Stuart dans une vidéo sur France Info.  

Selon une étude menée dans quatre structures de dépistage/suivi du VIH et des hépatites virales des Alpes-Maritimes, et publiée dans le bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) en septembre 2017, parmi les psychoactifs consommés par les participants, on retrouvait « les stimulants, les drogues de synthèse, le cannabis, les produits pharmaceutiques et surtout les nouveaux produits de synthèse (NPS) qui gagnent en importance par rapport à l’héroïne ».

« En effet, les cathinones, nouvelles drogues de synthèse, sont des amphétamines pures et puissantes telles que le crystal. Elles vont donner une sensation d’empathie très forte et provoquer des hallucinations. Par exemple, lors d’une relation sexuelle, un des partenaires va effleurer une zone non érogène du corps de l’autre et celui-ci va avoir l’impression que ce mollet est la zone la plus érogène de son corps », a notamment précisé Philippe Batel, psychiatre addictologue et président de SOS addiction.

Au-delà des risques pour la santé, les spécialistes pointent également du doigt la question d'une perte d'intérêt pour la sexualité sans substances psychoactives ainsi qu'une perte de contrôle sur la consommation. « Comment retourner jouer au canard dans la baignoire quand on a surfé sur les meilleures vagues du monde ? », commente l'addictologue Jean-Marc Jacquet.   

En plus d’une recherche de sensations fortes, le manque de confiance en soi d’une communauté souvent marginalisée et le besoin d’affection expliqueraient aussi le fait qu’ils tombent dans cette pratique. Une chose que les réalisateurs du documentaire anglais Chemsex ont notamment remarquée : « ce ne sont pas le sexe ou les drogues qui étaient choquantes. Ni les dangers ou les conséquences. C’était le fait de réaliser que, pour la majorité des gens, c’était l’intimité, les relations sexuelles en elles-mêmes, et non le désir ou l’hédonisme qui était le moteur de ce comportement ».

De nombreuses associations se sont emparées du problème. À l'image de AIDES qui a développé un réseau national d’entraide communautaire pour les usagers de ChemSex ainsi que leurs proches et leurs partenaires. 

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