Dans les affres du Sierra Neon, nouveau club frivole de Saint-Denis

© Nais Bessaih

Il n’y aurait pas eu de meilleure définition pour cet endroit que “frivole”. Un mot pourtant peu séduisant qui prend tout son sens dans cette soirée : tout a peu ou rien n’a d’importance. Qui que l’on soit, d’où que l’on provienne. Le Sierra Neon réussit là où warehouses, friches et autres petites habitudes du Grand Paris n’ont pas toujours été au point : ici, personne ne vous juge. Fête rime avec liberté, partage, désinvolture et bien d’autres mots du champ lexical de l’instant.

Pour l’ouverture du Sierra Neon, situé au 87, rue de Strasbourg à Saint-Denis, Kambiz, tenancier des lieux et fondateur d’Open Minded, livre un sans-faute de la fête moderne. Brute et néon à la fois, le club reflète bien l’esprit du collectif rebelle Qui Embrouille Qui auquel Kambiz est attaché, un brin de folie en plus.

Artistiquement parlant, on n’en attendait pas moins d’une soirée qui accueillait aux commandes La Toilette ; le rythme accéléré et étouffant d’une techno énervée démonte un à un les plus téméraires, brillants sous une lumière bleue, à la rencontre du troisième beat. Tel un ovni de la scène électronique, le Sierra Neon nous capture dans son faisceau d’énergie. Le lendemain matin, on n’en oubliera presque ce qui avait réussi à nous promener entre rêve et surréalisme.


Entre deux clignements d’yeux, on réussira quand même à ressaisir la réalité qui nous entoure pour contempler avec admiration un décor authentique : des corps, tous mélangés dans une danse frénétique, luisants de bonheur, qui se déchaînent sous les coups de massue d’un système-son calibré pour dégustation. À mesure que la soirée défile, la fête n’en est que plus belle. Des frissons nous parcourent la colonne vertébrale sous les cris enragés de CRAVE en live, debout sur le booth, micro à la main.

Certains en profitent pour s’essorer, s’abreuver et se reposer. On restera devant, profitant que l’artiste extériorise pour nous une colère intérieure irrationnelle. Libres de ce poids qu’on ne saurait expliquer que par une frustration de chaque jour vivre à Paris, il fallait bien que l’on s’en éloigne – à peine – pour s’en débarrasser.


Laissant derrière nous un bordel heureux, on sort repus des lieux. Dans un flou incertain qui nous ramène chez nous, on hésite encore, déjà perdus dans nos souvenirs. On y était ? On n’y était pas ? On y retournera.

Texte : Robert de la Chapelle
Photos : Naïs Bessaih

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